Francophonie


Le ministre québécois des Relations internationales et ministre responsable de la Francophonie, Pierre Arcand, a foulé sol brésilien la semaine dernière.

«Je me réjouis de présider cette cérémonie d’autant plus que j’effectue demain ma première mission officielle dans ce magnifique pays.» Le ministre québécois des Relations internationales et ministre responsable de la Francophonie, Pierre Arcand, semblait vraisemblablement fier de participer au cocktail de l’inauguration officielle du Bureau du Québec de São Paulo, jeudi soir (5 novembre 2009). Sans doute pas autant que l’équipe de neuf personnes de la représentation qui attendaient ce moment depuis fort longtemps. En fait, depuis son entrée en fonction en mars 2008.

Le ministre Arcand était de passage à São Paulo dans le cadre d’une mission d’une semaine, fructueuse selon lui, qui l’a amené à Rio de Janeiro, Curitiba et São Paulo. Objectif d’un tel déplacement : développer de nouveaux domaines de coopération, accroître les investissements et promouvoir le savoir-faire des entreprises québécoises.

Mais avant tout Pierre Arcand est venu faire du lobby, à Rio cette fois-ci, afin de convaincre les instances politiques d’avoir recours à des entreprises québécoises pour la construction d’infrastructures pour les Jeux Olympiques en 2016.

Les représentants d’une douzaine d’entreprises faisaient partie de la mission, tout comme les responsables d’organismes à vocation socioculturelle. Le gouvernement du Québec désire aussi offrir son aide aux Cariocas pour les services en français lors des J.O.

Vendredi, le ministre québecois a fait un saut à l’Alliance Française du centre de São Paulo pour inaugurer la section québécoise de la bibliothèque. La collection de 121 ouvrages contient une belle variété de livres, de disques et de films de tout genre de la Belle province qui «s’étoffera au fil du temps grâce aux fonds québécois».

STATISTIqueS RÉCENTES (2) Depuis 15 ans, le nombre de ceux maîtrisant le français a presque doublé.

Il faut bien se consoler : tout n’est pas sombre pour le français dans la Belle Province. Selon le quatrième bilan trimestriel de 2007 d’Immigration Québec, la majorité des nouveaux arrivants parlent le français. Les derniers chiffres nous apprennent que 60 % des étrangers arrivés dans la dernière année maîtrisaient déjà notre langue en débarquant dans la province. Depuis quinze ans, le nombre d’immigrants capables de maîtriser le français a pratiquement doublé. Cette proportion représente un sommet par rapport aux autres périodes marquées par une forte immigration. Dans le passé, peu de nouveaux arrivants adoptaient le français comme langue d’usage. Ils étaient en 1995 à peine 37 % à le parler à leur arrivée au Québec. Ce résultat doit réjouir le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles qui déploie beaucoup d’efforts dans la sélection des candidats à l’immigration. Il faut savoir que le Québec, en plus des critères professionnels et du potentiel d’adaptation socio-économique, privilégie les immigrants possédant un niveau raisonnable de français. La province canadienne a d’ailleurs sélectionné plus de 70 % de ses immigrants en 2007.

En tant que Québécois, il y a de quoi de se réjouir de ce succès de la francisation des étrangers. Je me permets d’ajouter ce bémol : connaître le français ne veut pas nécessairement dire être capable de le parler suffisamment bien pour être en mesure d’occuper un boulot. Voilà ce que les chiffres ne révèlent pas. Peu importe. Ce bilan trimestriel brosse tout de même un portrait favorable des immigrants qu’accueille la Belle Province, une population jeune et instruite, et en majorité francophone.

STATISTIQUES RÉCENTES (1) Moins de 80 % des habitants dans la Belle Province s’expriment en français. Comme les québécois font de moins en moins d’enfants : la relève de ceux s’exprimant dans notre langue n’est plus assurée…

Dans le cadre de la quinzaine de la Francophonie, j’ai écrit deux minipapiers pour le journal Franc-Parler, journal francophone édité à São Paulo, sur la situation du français au Québec à partir des données de Statistiques Canada et à l’Office de la langue française du Québec. Le sujet tique bien sûr les Québécois. Et pour cause, nous sommes un si petit îlot dans cette mer anglophone. Bien beau tout ça! Alors, pourquoi n’en prenons-nous pas soin? Elle est tellement belle notre langue et chéri partout dans le monde. Soyons-en fiers. Chaque fois que je remets les pieds au Québec, j’ai la même réaction : comment peut-on proclamer haut et fort notre amour pour le français, que nous désirions vivre en français chez nous, alors qu’on ne s’efforce pas pour bien le parler, l’écrire, ou tout simplement le massacre? N’y-a-t-il un manque de cohérence ici? La question est lancée. Voici le premier texte:

Alors que prend fin le mois (mars) de la Francophonie, pourquoi ne pas évoquer la situation de notre belle langue? La survie du français… D’accord, ce n’est pas un sujet qui branche beaucoup les Français. Après tout dans l’Hexagone, le français n’est pas menacé, même si beaucoup de citoyens maltraitent de plus en plus leur langue, comme le relevait Dario Pagel dans une interview récemment accordée à FPHebdo. (Dario Pagel est les président de la Fédération Internationale des Professeurs de français.)

S’il est un endroit où le français se trouve sur le fil du rasoir, c’est bien le Québec. Les habitants de cette province luttent avec acharnement pour préserver leur patrimoine linguistique. Au fil des ans, les autorités québéquoises ont adopté toutes sortes de mesures pour contrer l’influence croissante de l’anglais. N’empêche que le français a tendance à perdre du terrain dans la Belle Province. Si l’on se fie à Statistiques Canada et à l’Office de la langue française du Québec (OQLF), la langue de Molière est en léger recul dans la province, plus particulièrement à Montréal. En 2006, notre langue est passée pour la première fois sous le seuil des 80 % d’habitants parlant le français dans la Belle Province et sous le seuil des 50 % dans l’île de Montréal.Comment expliquer cet effritement du français? Avant tout, le faible taux de fécondité de la population de langue française et son vieillissement de plus en plus rapide. De plus, le poids des allophones augmente sur tout le territoire, en particulier à Montréal, alors que le nombre de francophones diminue. Les données de l’OQLF parlent par d’elles-mêmes : 54,3 % des allophones adoptent l’anglais comme langue d’usage, contre 45,7% le français. Ceux qui habitent l’île de Montréal sont plus nombreux. 57,2 % choisissent l’anglais.