Éthanol


Les représentants d’une quarantaine de pays, dont le Canada, se sont réunis sous le thème des biocarburants la semaine dernière. Bien que cette première Conférence mondiale sur les biocarburants ait reçu peu d’échos dans les médias nord-américains et européens, c’était la plus importante réunion de spécialistes sur le sujet au monde. Elle voulait montrer aux 92 délégations participantes les avantages de la production de biocarburant. C’est le président du Brésil Luiz Inacio Lula da Silva lui-même qui avait convoqué en 2007 cette rencontre en réponse aux accusations que l’éthanol était en partie responsable de la crise alimentaire. Des médias avaient raconté que les cultures destinées à la production de biocarburants se font au détriment de celles visant à produire des aliments. « Ce forum représente un effort pour établir un marché mondial de l’éthanol et élever le niveau des discussions sur les biocarburants, un thème crucial pour le développement de l’environnement », a affirmé la ministre-chef du Cabinet civil brésilien, Dilma Rousseff, devant 3000 participants à l’ouverture de la conférence le 17 novembre.

 

La Conférence a toutefois perdu de son prestige dès le début, marquée par l’absence de Lula, mais principalement par le peu d’ambition de la rencontre pour en arriver à un ordre du jour qui conduirait à l’amélioration du commerce international des biocarburants. Autre ombre au tableau : aucun représentant du président élu américain Barrack Obama n’est venu s’y pointer. Ce dernier a démontré jusqu’à maintenant peu d’intérêts à baisser les barrières tarifaires qui empêchent l’éthanol brésilien de pénétrer le marché américain.

Il faut savoir que l’éthanol à base de canne à sucre est une importance capitale pour le Brésil. Ce pays est le premier exportateur mondial d’éthanol et le deuxième producteur, après les États-Unis. Le géant sud-américain rêve de créer un marché mondial de l’éthanol au même titre que le pétrole. Le Brésil voulait, lors de la conférence, faire germer l’idée que l’éthanol doit être adopté comme alternative énergétique non polluante pour le transport. Dans cette optique, le Brésil serait un fournisseur naturel. Il lance aussi l’idée que l’éthanol pourrait servir comme un outil de développement des pays pauvres, particulièrement d’Afrique.

 

Lula a déclaré vendredi dernier à la clôture de la conférence que les biocarburants n’étaient pas une panacée, et ne résoudraient pas tous les problèmes environnementaux et économiques. Mais il a réaffirmé qu’ils pouvaient devenir un instrument de transformation de la vie des gens, capable de réduire la pauvreté et l’inégalité sociale, et de créer des revenus, notamment dans les pays en développement.

Depuis quelques semaines, on parle beaucoup des biocarburants. On les pointe du doigt comme responsables pour l’actuelle crise alimentaire, sous prétexte que leur production gruge l’espace alloué à la production de nourriture. Je viens d’ailleurs d’écrire un texte sur le sujet à paraître prochainement dans le journal Terre de chez nous.  Le Brésil, poussé vers le banc des accusés pour sa production massive d’éthanol, rejette les critiques envers les biocarburants.  Certains, toutefois, se portent à la défense du Brésil.  C’est cas de la revue britannique The Economist.  Dans son édition de vendredi (27 juin 2008), elle a publié un reportage où elle fait l’éloge de l’éthanol brésilien, en affirmant que le carburant est l’objet de critiques injustes, et défend la fin des tarifs imposés par les États-Unis à l’importation de l’éthanol produit au Brésil.

Intitulé Lean, green and not mean, le texte mentionne que les arguments pour l’élimination du tarif de 0.54 USD le gallon « ont été fortifiés par la hausse du prix du pétrole et par les inondations qui ont détruit les cultures de maïs dans le Mid-Ouest » des États-Unis, utilisées pour produire de l’éthanol dans le pays.

« Cela a fait que les prix du maïs ont monté en flèche et l’idée de subventionner la production de l’éthanol est devenue une idée encore pire qu’auparavant, étant donné qu’il y a un éthanol plus vert et meilleur marché que les États-Unis pourraient acheter du Brésil. »

La revue défend l’éthanol brésilien des critiques les plus communes faites à son égard, notamment la production du biocarburant aurait collaboré à l’augmentation mondiale du prix des aliments et stimulerait les producteurs à dévaster la forêt amazonienne pour agrandir les terres dédiées à la canne à sucre.

« Telles préoccupations sont apparemment prématurées », dit l’article, en faisant valoir que le territoire réservé à la production extensive du bétail est beaucoup plus grand que celui dévoué à la canne et que sa culture s’étend principalement sur des pâturages abandonnés, avec « peu ou aucun effet sur le prix de la viande ».

« Protectionnistes hypocrites »

L’hebdomadaire indique aussi que la plupart de l’éthanol brésilien est produit dans des champs « à des milliers de kilomètres de l’Amazonie, dans l’État de São Paulo ou dans le Nord-est ».

The  Economist reconnaît que, au Brésil, les travailleurs qui récoltent la canne affrontent des conditions dures et qu’il a y eu des cas de personnes soumises à des conditions de semi-esclavage — autre critique faite à la production de l’éthanol au Brésil.

« La coupe de la canne est un travail à se casser le dos, et chaque année beaucoup meurent lors de la récolte », rajoute l’article.  Néanmoins, fait-il remarquer, d’autres types de travail tuent plus que les travailleurs agricoles du Brésil

Le texte conclut en disant que, pour les Brésiliens, les étrangers qui défendent les barrières à l’éthanol au nom de l’environnement ou de l’augmentation des aliments sont des « protectionnistes à l’ancienne dans un déguisement hypocrite » et que les tarifs « doivent finir ».