Depuis quelques semaines, on parle beaucoup des biocarburants. On les pointe du doigt comme responsables pour l’actuelle crise alimentaire, sous prétexte que leur production gruge l’espace alloué à la production de nourriture. Je viens d’ailleurs d’écrire un texte sur le sujet à paraître prochainement dans le journal Terre de chez nous. Le Brésil, poussé vers le banc des accusés pour sa production massive d’éthanol, rejette les critiques envers les biocarburants. Certains, toutefois, se portent à la défense du Brésil. C’est cas de la revue britannique The Economist. Dans son édition de vendredi (27 juin 2008), elle a publié un reportage où elle fait l’éloge de l’éthanol brésilien, en affirmant que le carburant est l’objet de critiques injustes, et défend la fin des tarifs imposés par les États-Unis à l’importation de l’éthanol produit au Brésil.
Intitulé Lean, green and not mean, le texte mentionne que les arguments pour l’élimination du tarif de 0.54 USD le gallon « ont été fortifiés par la hausse du prix du pétrole et par les inondations qui ont détruit les cultures de maïs dans le Mid-Ouest » des États-Unis, utilisées pour produire de l’éthanol dans le pays.
« Cela a fait que les prix du maïs ont monté en flèche et l’idée de subventionner la production de l’éthanol est devenue une idée encore pire qu’auparavant, étant donné qu’il y a un éthanol plus vert et meilleur marché que les États-Unis pourraient acheter du Brésil. »
La revue défend l’éthanol brésilien des critiques les plus communes faites à son égard, notamment la production du biocarburant aurait collaboré à l’augmentation mondiale du prix des aliments et stimulerait les producteurs à dévaster la forêt amazonienne pour agrandir les terres dédiées à la canne à sucre.
« Telles préoccupations sont apparemment prématurées », dit l’article, en faisant valoir que le territoire réservé à la production extensive du bétail est beaucoup plus grand que celui dévoué à la canne et que sa culture s’étend principalement sur des pâturages abandonnés, avec « peu ou aucun effet sur le prix de la viande ».
« Protectionnistes hypocrites »
L’hebdomadaire indique aussi que la plupart de l’éthanol brésilien est produit dans des champs « à des milliers de kilomètres de l’Amazonie, dans l’État de São Paulo ou dans le Nord-est ».
The Economist reconnaît que, au Brésil, les travailleurs qui récoltent la canne affrontent des conditions dures et qu’il a y eu des cas de personnes soumises à des conditions de semi-esclavage — autre critique faite à la production de l’éthanol au Brésil.
« La coupe de la canne est un travail à se casser le dos, et chaque année beaucoup meurent lors de la récolte », rajoute l’article. Néanmoins, fait-il remarquer, d’autres types de travail tuent plus que les travailleurs agricoles du Brésil
Le texte conclut en disant que, pour les Brésiliens, les étrangers qui défendent les barrières à l’éthanol au nom de l’environnement ou de l’augmentation des aliments sont des « protectionnistes à l’ancienne dans un déguisement hypocrite » et que les tarifs « doivent finir ».