Le Brésil a créé une commission pour faire la lumière sur les crimes contre les droits de l’homme lors du régime militaire. Les victimes et parents de disparus des 21 ans de tyrannies vont peut-être enfin se faire entendre.
« Mon père et moi avons été torturés et lui a été assassiné lors d’une séance de torture. On nous assénait des coups, des chocs électriques et le Water Board, une serviette humide apposée sur le nez pour vous faire suffoquer. » Le militant Ivan Seixas espère que cette fois la lumière sera faite sur les abus des militaires. C’est que la présidente Dilma Roussef, elle-même ex-guérillero, a appuyé la formation d’une commission d’enquête pour étudier les crimes de la dictature (1964-85).
Directeur du Forum des ex-prisonniers politiques de l’État de São Paulo, son histoire est similaire à des milliers d’autres jeunes qui voulaient changer le pays de l’époque. Durant les « années de plomb », les opposants au régime étaient punis, emprisonnés et torturés. Dire qu’il n’aimerait pas voir son bourreau sur le banc des accusés serait un euphémisme. « Je sais qui est mon tortionnaire. Je veux être entendu et que ce soit fouillé! »
Narcisso Pires, de l’ONG Torture plus jamais, garde les marques de ses années de militance. « J’ai vécu dans la clandestinité, dépendant de la solidarité. » Emprisonné six fois, torturé et obligé de larguer l’université, il lutte depuis pour la punition de ceux qui ont commis des atrocités au nom de la dictature.
Revanchards? Plutôt une question de justice, assure Ivan. « Nous voulons responsabiliser les tortionnaires, violeurs et les assassins de la dictature et non leur faire subir la même médecine. Seulement qu’ils soient amenés devant des tribunaux démocratiques. » Narcisso partage cette opinion. « Si on tombait dans la tentation de la vengeance, on risquerait de devenir comme eux. Ce bris du silence peut être fait seulement avec la pression. Il est primordial que la société connaisse l’Histoire. »
Ils espèrent que la présidente honorera la mémoire de tous les morts et que toutes les familles soient entendues. Cette commission est nécessaire pour élucider les crimes des militaires et pour que les familles des victimes puissent faire le deuil de leurs proches.
La gauche est contre le projet actuel. «Le gouvernement a dû céder aux militaires qu’aucun ne sera amené devant les tribunaux», conteste Ivan. Donc, pas question de toucher à l’amnistie octroyée à l’armée, contrairement aux autres pays du cône sud. Narcisso s’insurge que les militaires exigent que toutes les violations des droits de l’homme soient incluses, y compris celles commises par les guérilleros. « Assassinats et tortures. N’est-ce pas déjà des punitions? » Bref, la Commission n’aura aucun pouvoir de condamnation.
Depuis la fin de la dictature au Brésil en 1985, le géant sud-américain vit dans une démocratie exemplaire. Alors que ses voisins comme l’Argentine et le Chili ont déjà amené sur le banc des accusés plusieurs dirigeants de leur dictature, le Brésil n’a jamais ouvert la porte sur les crimes commis lors de cette période. «Les opposant au régime étaient punis, emprisonnés et torturés.» La dictature brésilienne aurait assassiné autour de 400 personnes, torturé 20 000 et arrêté 50 000, mais n’a jamais reconnu les prisonniers politiques et admis la torture. En revanche, l’Argentine a poursuivi plus de 820 individus, entraînant 200 condamnations. Au Chili et en Uruguay, il y aussi eu des jugements.
« Comment peut-on poursuivre le chemin de la démocratie, sans élucider le passé », se questionne Narcisso. Pour tourner la page obscure de cette histoire du pays, conclut Ivan, « le gouvernement doit fouiller tous les cas, divulguer les données et poursuivre les responsables ».
Ceci est le texte intégral que j’ai publié dans un média. Les entrevues peut-être à venir…