Les Américains vont augmenter la production d’éthanol de maïs. Or, les stocks n’ont jamais été aussi bas.  Je me suis demandé pour un reportage, si cela pouvait influencer les exportations du Brésil, particulièrement pour l’éthanol, lui qui veut depuis années établir un marché pour son biocarburant. Pour les producteurs de maïs du Brésil, oui, cela offre une possibilité d’atteindre de nouveaux marchés. En revanche, les fabricants d’éthanol du pays sont frustrés. Frustrés du protectionnisme envers leur l’éthanol. Brasília menace Washington de représailles.

Lorsque l’Agence américaine de la protection environnementale (EPA) a déclaré, fin 2010, que la faible productivité de l’éthanol cellulosique ne permettrait pas d’atteindre les objectifs de consommation de 5,1 milliards de litres d’éthanol avancé en 2011, les Brésiliens voyaient enfin la porte s’ouvrir. Un espoir vite estompé en début d’année. « Nous espérions que le Congrès admette l’évidence du ridicule de la barrière tarifaire », se lamente Géraldine Kutas de l’influente Union de l’industrie de la canne à sucre (Unica), qui réunit les usines de sucre et d’alcool. C’est que le Congrès américain a prolongé d’une année le tarif douanier imposé au biocarburant brésilien, produit à partir de la canne à sucre.

Les États-Unis, dénonce Mme Kutas, n’ont aucune raison de proroger ce protectionnisme. Le Brésil conteste depuis des années les subventions de 6 milliards d’USD octroyées par Washington aux producteurs américains d’éthanol de maïs et la taxe douanière de 0,14 cent le litre, plus 2,5 % sur la valeur d’importation, contre son alco-essence.

Concurrencer l’éthanol de maïs n’est pourtant pas dans les visées du pays. «Mais plutôt de compléter l’offre d’éthanol avancé. » On entend par avancé, un biocarburant qui réduit les émissions de gaz à effet de serre (GES) de façon plus importante. « Ils ont imposé une limite à la production d’éthanol traditionnel parce qu’ils se sont certainement rendu comptes que cela pouvait causer des problèmes en terme d’offre et qu’ils n’atteindraient pas leur cible de réduction des gaz. »

Selon la propre EPA, l’éthanol brésilien réduit de plus de 60 % les émissions de GES, alors que celui à base de maïs réussit à éliminer seulement 20 %. Autres points en faveur de l’éthanol brésilien : il est plus compétitif et n’entre pas en conflit avec l’alimentation.

Si les Américains persistent à maintenir la taxe, l’Unica se dit prête à porter la cause à l’OMC. « Le droit de douane a été renouveler seulement pour un an, alors que d’habitude il l’est pour 3 ans. On continue donc cette année de travailler fortement avec eux pour essayer qu’il soit aboli.» Si tel n’est pas le cas, les documents sont prêts, assure-t-elle.  «S’il faut se rendre à l’OMC, on le fera Et le Brésil prêche par l’exemple. À cause d’une trop forte demande ces derniers mois, le pays a importé de l’éthanol des Américains, sans demandé aucune taxe douanière. «C’est ça le libre-échange !»

Maïs
« La production d’éthanol des États-Unis a peu d’influence sur le marché brésilien », indique Anderson Galvão, directeur associé du consultant Celeres. S’il est vrai que les stocks de la céréale sont réduits en ce moment, les États-Unis demeurent néanmoins le numéro un des exportateurs de la graminée. Pour le Brésil, l’opportunité vient de la Chine, devenue une importatrice de maïs ces dernières années. « Ce qui peut arriver est que certains pays regardent ailleurs, comme ici, lorsque les Américains réduisent leurs exportations. » Prédiction qui semble juste. Depuis le début de l’année, les embarquements de maïs du Brésil sont en hausse. On prévoit exporter 10 millions de tonnes en 2011.

Les États-Unis ont l’ambitieux objectif d’atteindre 135 milliards de litres du biocarburant d’ici 2022. Pour 2011, la cible de consommation d’éthanol de maïs est de 47,7 milliards de litres et de pratiquement 50 milliards l’année prochaine. Autour de 40 % du maïs cultivé sera pour l’éthanol.

D’un article paru dans la Terre de chez nous du 5 mai 2011