Tentez d’imaginer le Brésil un instant… Qu’est-ce que vous voyez? Rio et son carnaval, les belles Girls of Ipanema, la samba, les bidonvilles (Favelas) où s’entassent des millions de gens dans l’extrême pauvreté, la violence, l’Amazonie et ses indigènes, la destruction massive des forêts, les chutes Iguaçu et les fêtes continuelles… Vous imaginez le Brésil comme ça? En tout cas, je le pensais avant de venir ici. Bien que ce ne soit pas une vision complètement erronée, le Brésil a bien plus à offrir. Le plus grand pays d’Amérique du Sud est également un pays ayant une culture riche, métissé, avec gens accueillants et au grand cœur; un pays en émergence prêt à exploser où ses habitants commencent à prendre de plus en plus conscience de leur force et de leur potentiel. C’est aussi ses belles villes coloniales comme Ouro Preto ou Salvador, avec son très estimé carnaval populaire, et j’en passe. Cette connaissance un peu simpliste du pays, les médias en sont la cause directe. Que voit-on à la télé, dans les journaux et les dépliants touristiques concernant le Brésil? Voilà! C’est ce que j’essaie de ne pas perpétuer dans mes articles du moins.

Le gouvernement brésilien, par le biais de son ministère du Tourisme (Embratur ), a beau tenter de changer cette image, ses efforts ne portent pas encore des fruits. Malgré qu’il y ait une nette amélioration dans les perception des étrangers envers le géant sub-américain. N’empêche, livrets dans les mains, les touristes veulent voir le pain de sucre ou les  belles fesses. Donc, pris dans cet engrenage, le Brésil n’a d’autre choix que de diffuser ce que les étrangers s’attendent à gober. En passant, Embratur offre d’excellents documents (dépliants, cartes, vidéos) gratuits, lesquelles on peut obtenir sur Internet. Profitez-en! Vous y découvrirez certainement des choses captivantes. Tout cela, seulement pour dire qu’il faut toujours faire attention aux préjugés que nous créons. C’est fou comme vivre dans un autre pays peut nous ouvrir les yeux. Vous savez: les Brésiliens ont autant de préjugés que nous sur les autres pays.

EMBRATUR: www.embratur.gov.br

Réflexion sur le Français – Parler français n’est pas chose facile en Amérique. Le « parleur de français » sent seul parfois. Il m’a fallu habiter à l’autre bout du continent, au Brésil, pour découvrir que le français est toujours une langue dynamique. Et encore plus en cette année de la France au Brésil. À mon arrivée, il y a deçà quelques années déjà, j’avais été grandement étonné de constater qu’au royaume du portugais, la langue de Molière avait sa place. Ce n’est pas difficile trouver quelqu’un qui connaît, mais surtout, aime le français ici.

Lorsqu’on est un p’tit Québécois en Amérique, on a souvent l’impression que l’épanouissement du français sur le continent repose sur nos épaules. Rôle certes difficile à jouer dans la réalité d’aujourd’hui. D’autant plus que 200 millions d’anglophones encerclent le Québec. La Belle Province avec son maigre 7 millions de francophones, est bien isolée. Cette pression s’exerçant sur les Québécois n’est pas sans raison. Aussitôt le pied mis en dehors de ses frontières, on est bombardé d’anglais de toute part. Boom! La musique anglophone. Boom! Les téléséries anglophones. Boom! Le cinéma de langue anglaise… Une pétarade de mots anglais nous pète en plein visage.

Est-ce que le Québec s’avoue vaincu pour autant vaincu? Pas du tout. N’en déplaise à mes compatriotes canadiens, nous luttons fermement contre l’invasion de l’anglais sur notre territoire. Nous disposons de lois pour protéger notre langue. Nous avons nos propres feuilletons, notre musique, nos auteurs, nos vedettes et notre cinéma. D’ailleurs, ce secteur est très prolifique. La Belle Province représente quelque chose comme la moitié de la production cinématographique canadienne. La télévision n’est pas en reste. Une seule émission est capable de regrouper 2 millions de téléspectateurs (dans les années 80, le mégasuccès La P’tite Vie avait une cote d’écoute atteignant 4 millions). Je doute qu’une émission canadienne-anglaise réussisse à mobiliser autant d’adeptes. Sauf les séries « blockbusters » américaines du genre Lost peut-être? C’est à se demander si les Québécois sont plus « truly canadian » culturellement parlant que de nombreux Canadiens.

D’accord. Quand il est question de faire du commerce international, la langue de Molière en prend pour son rhume. C’est vrai qu’il est quasi impossible faire du « business » en français. Notre langue est parlée après tout que par environ 170 millions de personnes dans le monde alors que plus 400 millions parlent l’anglais en première langue. Pour cette raison, dès le primaire, les classes d’anglais sont obligatoires dans les écoles. Voilà la force indéniable du Québec:  son bilinguisme. Dans le contexte de la mondialisation, ce bilinguisme lui ouvre toute grande la porte du commerce mondial.

L’anglais est donc un allié pour les Québécois. Non seulement il permet à la Belle Province de brasser des affaires et aux Québécois d’obtenir de bons postes partout au pays (peu d’anglophones parlent le français), mais aussi d’entreprendre la promotion de la Francophonie à travers le monde. Et ce « marketing » francophone ne peut évidemment s’accomplir sans l’appui d’entité comme TV5 ou de l’Organisation de la Francophonie.

S’exprimer dans une langue étrangère est amusant, j’en conviens. Toutefois, le goût de notre maternelle revient toujours au galop. La perdre serait la chose la plus épouvantable qui pourrait m’arriver. Ça serait carrément perdre mon identité. Grâce à Dieu! Le français occupe une belle place au Brésil. Voilà aussi pourquoi une télévision internationale prend tout son sens. Sans parler de cet outil merveilleux qu’est Internet. Qu’on soit en Afrique, en Amérique ou ailleurs, le contact avec notre langue tant aimée est toujours une réalité possible. Le français n’est pas mort. Vive le français. I speak French and I’m proud of it!

Après un léger repli en 2006 et 2007, le cinéma français a repris du poil de la bête sur les box-offices étrangers l’année dernière pour connaître une année faste. Le septième art français a attiré presque 20 millions de spectateurs de plus dans les salles de cinéma du monde, soit 84,5 millions contre 65 millions en 2007, selon des chiffres d’Unifrance, l’organisme chargé de promouvoir le cinéma français dans le monde. En 2008, 401 films français sont sortis sur les écrans étrangers, contre 377 en 2007. Au Brésil, nous sommes deux millions de spectateurs à avoir assisté aux 41 productions françaises diffusées.
Le succès de quatre gros « blockbusters » sont grandement responsable de cette évolution positive. Le long-métrage d’anticipation BABYLON A.D de Mathieu Kassovitz est le film français ayant le mieux fonctionné à l’étranger avec plus de 10 millions d’entrées dans le monde, suivi de la comédie Astérix aux olympiques (9,4 millions de spectateurs) et du thriller Taken avec l’acteur américain Liam Neeson (9,2 millions). Juste derrière, Le Transporteur 3 a cartonné avec 9,1 millions. Ces entrées en hausse (+16 %) ont rapporté 421 millions d’euros de recettes en salle, contre 377 millions en 2007. Reste qu’il n’est pas étonnant que des films français au casting international occupent le haut du peloton.


Outre ces quatre quatres locomotives, vient ensuite une belle suite de longs-métrages qui ont atteint le million de spectateurs. Dans l’ordre : Bienvenue chez les Ch’tis (4,2 millions), Igor (3,7 millions), The Duchess (3,4 millions), Le Scaphandre et le papillon (2,2 millions d’entrées en 2008), Crimes à Oxford (1,8 million), Soyez sympas rembobinez (1,5 million), Persépolis (1,4 million en 2008), Caramel l (1,3 million en 2008), La Visite de la fanfare (1,2 million), Chasseurs de Dragons (1,2 million) et enfin, il y a longtemps que je t’aime avec 1 million d’entrées.

Autre traumatisme aérien

Quel désastre la disparition en mer du vol 447 d’Air France au large des côtes du Brésil! Ce terrible accident a choqué tout le pays entier — un deuil national de 3 jours a d’ailleurs été décrété. Les Brésiliens ont eu leur part de catastrophes aériennes ces dernières années. Ils ont encore en mémoire le traumatisme causé les derniers accidents aériens. En juillet 2007, un avion de la Tam, n’ayant pu freiner à temps, est sorti de piste et a heurté de plein fouet un édifice de l’autre côté d’une avenue. Bilan: 199 personnes. Moins d’un an auparavant, en septembre 2006, 154 personnes avaient péri au-dessus de l’Amazonie lors d’un accident absurde: une collision entre un Boeing de Gol un jet Legacy. Et maintenant celui-ci qui touche 32 nationalités.

Évaporé?

S’il y a un spécialiste qui lit ces lignes et qui pourrait m’expliquer comment il est possible qu’un gros Airbus ait complètement disparu, j’apprécierais. Je n’aurais jamais pensé qu’une route aérienne aussi mouvementée puisse comporter des trous noirs, des points invisibles où les radars soient ainsi brouillés. Ou encore moins être incapable de  repérer un avion de cette envergure. D’accord. Il gît au fond de l’océan. Ne vivons nous pas à l’ère de la technologie et du GPS?

Dans les mains de la destiné

Je n’ai pas peur de voyage au dessus des nuages. Mais je vous avoue que l’idée de prendre l’avion me cause un certain inconfort ces jours-ci. Un appareil qui se volatilise sans laisser aucune trace, c’est un peu inhabituel. On ne s’arrête jamais à penser lorsqu’on s’assied dans notre siège qu’on met notre vie entre les mains de dizaines d’individus.  Nous,  passagers octroyons notre confiance aux pilotes, que nous  imaginons compétents. De même, nous faisons confiances aux contrôleurs aériens et aux ingénieurs des constructeurs aéronautiques. Une simple perte de sang froid, de concentration ou un boulon mal vissé peut déclencher une catastrophe. Le professionnel qui fixe un simple pneu est-il conscient de l’importance de son geste sur la vie des passagers? À cela s’ajoute le hasard de la vie bien sûr. Et maintenant, il y a les trous noirs dans le ciel.

Comme chaque fois, nous oublierons la tragédie. Une fois la poussière redescendue dans quelques semaines, nous volerons sans inquiétudes, nous rassurant que l’avion est le moyen de transport le plus sûr et que “les chances” de mourir dans un accident de voiture sont bien plus élevées.  Du moins, jusqu’au prochain crash.

Motoboys à un feu dans le centre-ville de São Paulo

Motoboys à un feu dans le centre-ville de São Paulo

Conduire à São Paulo est stressant. Les bouchons y sont souvent interminables. Les automobilistes mal élevés et souvent agressifs. Mais le pire, ce sont les motocyclistes. Ils roulent à vive allure entre les voitures, grillent les feux… Le Code de la route, eux, ils s’en balancent. C’est justement un jour où j’étais bloqué dans un bouchon, entouré d’une dizaine de motos, que j’ai eu l’idée d’écrire un papier sur les motoboys. Parce qu’à São Paulo, il est impossible de les rater. Ils sont un service essentiel pour quiconque a besoin d’une livraison express. Les Paulistains se fient à eux pour expédier efficacement tout et n’importe quoi d’un bout à l’autre de la ville. Le nombre de ces coursiers sur deux roues circulant dans les rues de la mégalopole de plus de 11 millions est impressionnant. Ils sont entre 150 000 et 300 000. Mépris des limites de vitesse, feux rouges grillés, empiètement sur les trottoirs… Les motoboys sont l’ennemi numéro des automobilistes et piétons. Ils sont aussi un casse-tête pour les autorités locales qui tentent, tant bien que mal, de résoudre la situation. Mais ces messagers à moto sont néanmoins un mal nécessaire dans la plus grande ville du Brésil, où s’entassent 6 millions de voitures pare-choc à pare-choc. J’avais certes un beau sujet entre les mains.

Afin de bien sentir le sujet, dès le départ, je me suis dit qu’il fallait absolument que je fasse un tour de moto. Pure adrénaline! Voilà la sensation que j’ai éprouvée durant ma trentaine de minutes à dos de moto dans les rues de São Paulo. Et dire que mon pilote, Nilson, avait roulé doucement, semblait-il. Je n’osais pas imaginer s’il y était allé à fond de train. Je vous jure que j’aurais eu la trouille. Mon reportage commençait en force!  Je n’avais pas eu autant de “fun” à bosser sur un sujet depuis plusieurs mois d’ailleurs.

Mon papier (Messagers dans la jungle urbaine – Roues de fortune) se retrouve dans l’édition d’avril du magazine Jobboom.

http://carriere.jobboom.com/marche-travail/international/2009/04/03/8992301-jm.html

- Quel est l’avenir de la presse? Ce fut le thème d’un débat entre plusieurs journalistes brésiliens et la trentaine de journalistes français constituant le jury du Prix Albert Londres. Autour d’une table, pendant un peu plus de deux heures, nous avons ausculté la situation des médias. Comment réduire les coûts de production trop élevés en ce qui concerne la presse écrite et ralentir la fuite des lecteurs? Doit-on poursuivre l’aventure des journaux gratuits sur le Net? Existe-t-il des médias alternatifs vraiment crédibles ?
Nous en sommes tous venus au même constat : les problèmes et les remises en question que traverse la presse sont similaires au Brésil et dans les pays francophones. Toutefois, aucune recette-miracle pour sauver les médias du gouffre. Bref, face aux mutations accélérées d’une profession fragilisée, personne ne sait trop quoi faire. Un point a fait l’unanimité parmi nous : le journaliste qui passe son temps un bloc notes à la main et se contente ensuite de « pondre» des articles est une espèce en voie de disparition. Pour survivre, les professionnels des médias doivent maîtriser les nouvelles technologies, prendre des photos, se diversifier dans la radio et la vidéo et même posséder le langage informatique.

Les journalistes, désormais, doivent maîtriser les nouvelles technologies, prendre des photos, faire de la radio et de la vidéo

Je retiens qu’on a peu mentionné les jeunes au cours de ce débat. On ne cesse de nous rebattre que la baisse du tirage des journaux est en partie responsable de la crise que traverse la presse. À mon avis, aussi parce que les jeunes boudent le média imprimé. Ils trouvent les journaux moches. N’oublions pas qu’ils appartiennent à la génération dite digitale. Leur vie tourne autour de l’ordinateur ou du téléphone portable. Ils y bavardent, y flirtent, s’y informent… Pas question de se noircir les doigts en manipulant du papier journal. La presse écrite doit donc tendre vers plus de dynamisme, de mordant, d’originalité, rendre sa mise en page plus conviviale et publier des sujets qui touchent les jeunes. Point de salut hors de telles exigences et contraintes!

Les lauréats - Sophie Bouillon et Laurent Dereims sont les lauréats de l’édition 2009 du Prix Albert Londres qui s’est tenu la semaine dernière à São Paulo. Sophie Bouillon a gagné pour un papier qui relatait  le difficile retour des Zimbabwéens dans leur pays après avoir  trouvé refuge en Afrique du Sud, publié dans le revue “21″. Laurent Dereims l’a remporté dans la catégorie Presse audiovisuelle pour le reportage “Han, le Prix de la Liberté” qui raconte l’enfer vécu par les milliers de Coréens cherchant à fuir l’un des régimes politiques actuels les plus cruels.

La consommation d’agrotoxiques au Brésil a atteint 733,9 millions de tonnes, soit une hausse de 30 % en 2008. Les agriculteurs brésiliens ont dépensé pour 7,125 milliards d’USD en pesticides, positionnant ainsi le pays comme le leader mondial pour l’utilisation de pesticides, selon l’Association nationale de la défense végétale (Andef). Le géant sud-américain dépasse les États-Unis, qui ont consommé 646 millions de tonnes ou 6 milliards de USD en ventes. La demande mondiale a crû de 15 % par rapport à 2007. Au Brésil, on attribue cette forte utilisation de pesticides, au climat tropical propice aux pestes dans les plantations et à la culture intensive du soja, suivi par le maïs, la canne à sucre et le coton — curieusement, les cultures recevant les plus importants investissements en OGMs.  Les Brésiliens se rendent compte de plus en plus que leur nourriture n’est pas aussi saine qui le pensaient.  Sans doute pourquoi les aliments organiques prennent de plus en plus d’espace sur les tablettes des supermarchés. Certains vont même à remettre en question tout le système d’agroindustrie, basé sur la monoculture.  Pas très rassurant de manger des fruits et des légumes au Brésil, en tout cas.

Pour la revue américaine, le Brésil s’affirme dans le monde sans « brandir un sabre »

J’aime bien fréquenter les kiosques à journaux pour y feuilleter les revues internationales. Ça me permet, comme correspondant étranger, de savoir ce que les autres publient sur la région. Puis parfois, des idées de sujets me viennent. L’autre jour, en me promenant sur l’avenue Paulista, l’artère principale de São Paulo,  une couverture colorée a attiré mon attention.  Je devrais plutôt dire  son titre : Brazil, The Crafty Superpower. Je me suis empressé d’ouvrir le Newsweek et de le lire. Un autre des innombrables papiers publiés récemment sur la coqueluche de l’heure, le président Lula. Je vous le résume brièvement.

Le Brésil s’est transformé en un pouvoir régional unique au cours des dernières décennies – contrairement aux autres grands pays émergents, il ne dépend pas de la puissance militaire pour se projeter dans le monde et s’affirme comme la chef de file dans sa région, affirme la revue américaine dans son édition internationale (Brazil, The Crafty Superpower, 18/4/2009).

La publication affirme qu’après des décennies de faux pas, le Brésil est devenu une démocratie libérale solide, une île de stabilité rare dans une région perturbée et un état gouverné par les lois, et non par des autocrates. Et, sans « brandir un sabre », il est maintenant une voix de plus en plus forte dans la défense des intérêts des pays émergents sur les questions internationales.

Newsweek  indique que l’État brésilien n’a pas d’ennemis réels avec qui s’inquiéter et qu’il se bénéficie de la couverture de sécurité des États-Unis dans l’hémisphère.

Pour cette raison, il peut maintenir les dépenses militaires à seulement 1,5 % du PIB – ou un quart des dépenses de la défense de la Chine – et utiliser l’avantage de sa dimension relative en Amérique du Sud pour influencer ou coopter les voisins, en même temps qu’il essaye de contenir le rival le plus problématique du continent, le Venezuela, en l’attirant dans le Mercosud.

Ce sont des politiques représentants un certain risque, conclut la revue, en affirmant que, sans un guide pour devenir une force globale, le Brésil de Lula semble écrire son propre manuel.

À la Conférence de Genève contre le racisme, le Brésil a proposé la création d’un indicateur international qui permettrait d’accompagner l’évolution de chaque pays dans l’application de politiques contre la discrimination. L’idée pourrait résulter à un genre de palmarès du racisme, a dit le ministre de l’Égalité sociale du Brésil, Edson Santos, au quotidien Folha de São Paulo. « Il serait bien d’avoir un classement, une lutte entre ceux qui promeuvent l’égalité raciale dans le monde et davantage de combats contre le racisme », a affirmé le ministre de Genève. En voyant ce qui s’est passé lors de cette réunion, je doute que la suggestion brésilienne ait fait long feu.

 Un petit rappel… Le président de l’Iran, Mahmoud Ahmadinejad, en campagne pour sa réélection, a profité de la tribune pour provoquer l’occident, en accusant les Juifs de racistes, lui qui a déjà prêché leur l’irradiation et nié l’Holocauste. Du coup, Israël, les É-U et certains pays ont boycotté la réunion. Des Représentants européens sont sortis de la salle au beau milieu de l’énoncé du leader perse. Le Brésil, qui au Conseil des Droits Humains de l’ONU s’est exempté de condamner le régime du Soudan, accusé de génocide, et la dictature nord-coréenne, est resté assis. Dans ce contexte, difficile donc d’imaginer la création d’un indice mondial du racisme.

Dans la moyenne

Toujours selon la Folha de São Paulo, notre cher ministre aurait affirmé que le Brésil se positionnerait bien si l’indice existait déjà. La question se pose donc : où se situerait le pays de la samba à l’échelle mondiale? Tout en haut? Parmi les pires? Quelque part au milieu sans doute. Je ne suis bien sûr pas spécialiste en la matière. Pour ce que j’observe, il existe un autre racisme au Brésil, plus sournois, je l’appelle « institutionnel ». Parce qu’il n’est pas facile d’être noir au Brésil malgré son image de pays métissé. À compétences égales, les Blancs trouvent plus facilement du travail et sont beaucoup mieux payés que les citoyens d’ascendance africaine. Les noirs sont encore minoritaires dans les hautes sphères de la société brésilienne, à l’université ou au sein du gouvernement.  Non seulement le Noir brésilien est victime de préjugés défavorables, mais son temps d’étude est plus bref que celui des autres Brésiliens. Une promenade sur un campus suffit à s’en convaincre. Un, deux, trois… On les compte sur les doigts d’une seule main : peu de Noirs parviennent encore à s’asseoir sur les bancs de l’université. Une absence qui les relègue à des fonctions subalternes, où ils sont payés à l’avenant… Toutefois, grâce à un programme de quotas – les universités sont obligées d’accepter un nombre minimum de noirs – de plus en plus d’entre eux font des études universitaires. Lorsqu’on a besoin d’inventer ce genre d’incitatif, c’est dire qu’à la base il y a un bobo. Voilà un des aspects que nous révèlerait un indice d’égalité sociale. L’idée n’est quand même pas mauvaise. Un tel palmarès nous dévoilerait les mauvais élèves. Mais eux on les connaît déjà! Et nous réserveraient peut-être de belles surprises aussi. Et le Canada? La France? Où se situeraient-ils?

Quel cadeau! La personne qui m’avait donné un exemplaire de « Rouge Brésil », quelques années auparavant, voulait-elle m’infliger des nuits blanches? Toujours est-il que malgré un emploi du temps chargé, j’ai ouvert ce bouquin. (Si les cordonniers sont les plus mal chaussés, les journalistes sont parfois les moins attachés à la lecture!). Et je n’ai pu me séparer de Rouge Brésil. Cette fresque historique habilement tramée de la colonisation française des côtes brésiliennes à la Renaissance m’a conquis et tenu en haleine.

Prix Goncourt de 2001, le chef-d’oeuvre de Jean-Christophe Rufin, relate un épisode assez curieux de l’histoire de France, quand le navigateur Nicolas Durand de Villegagnon tenta d’établir une « colonie tricolore » à Rio de Janeiro, hélas peu soutenu par la royauté française qui avait d’autres chats à fouetter. Rouge Brésil s’est vendu à presque 700 000 exemplaires en France seulement et a été traduit dans 23 pays, incluant le Brésil. Bien évidemment, un tel succès littéraire méritait une adaptation au cinéma. Voilà donc que ce projet prend forme.

L’idée de porter à l’écran le récit de deux enfants, Just et Colombe, embarqués de force dans une expédition pour servir d’interprètes auprès des tribus indiennes hante le producteur brésilien de cinéma Claudio Kahns depuis plus de six ans. C’est lors d’un voyage en France qu’il a découvert l’œuvre de Rufin. « J’ai tellement adoré que je me suis dit que ça ferait un bon film. » Claudio Kahns a donc acquis les droits auprès de la maison d’édition Gallimard et s’est associé avec les producteurs français Pierre Spengler et Nicolas Traube. « Seul, avoue-t-il, je n’aurais pu monter un projet de cette envergure ». Le long métrage s’appuie sur un budget de huit millions d’Euros, dont 30 % provenant de France 2.

Le tournage entre Parati et Angra dos Reis, deux villes balnéaires de l’État de Rio de Janeiro devrait commencer très prochainement. La géographie du littoral fluminense (cet adjectif se rapporte à l’État de Rio) « ressemble beaucoup au Rio de Janeiro de l’époque du livre. » Ce chantier cinématographique exige bien des efforts. En effet, il faudra concevoir des décors supplémentaires pour certaines scènes. Plusieurs pans et quartiers de Rio seront restitués selon des procédés numériques dans un studio… à São Paulo. Claudio Khans se montre soucieux de respecter au mieux le contexte historique du livre. Et puis, la fin de la vie de Nicolas Durand de Villegagnon sera tournée en France. La cinéaste Josée Dayan, connue pour avoir portée à l’écran des œuvres littéraires comme Les Misérables, Le Comte de Monte Cristo avec Gérard Depardieu, Balzac (1999), avec son amie Jeanne Moreau, Marie-Octobre avec Nathalie Baye, Château en Suède (2008) avec Guillaume Depardieu (le fils de Gérard, qui est décédé récemment), en signera la réalisation. Voilà qui nous amène à poser cette question : Depardieu pourrait-il se glisser dans la peau de Villegagnon. « Il est encore trop tôt pour répondre à cette question, réagit Claudio Kahns. Le choix appartient à Josée Dayan ». Ce film devrait sortir en novembre. D’ici là, prenons notre mal en patience, et croisons les doigts pour que le film soit à la hauteur du livre.

Bien attendu, je vous tiendrai au courant des plus récents développements.

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