L’Année de la France au Brésil aurait plutôt déçu ceux qui s’attendaient à faire le plein de musique française. D’ailleurs, pour s’en mettre plein les oreilles, la seule solution est de demander à ses amis se rendant en France de ramener dans leurs bagages quelques CD ou de s’adonner au piratage sur la toile.
Dans un café, avec des amis, nous parlions d’un projet socio artistique, lorsque la conversation changea de direction. «L’année de la France? Dans l’ensemble, j’ai aimé. Pour le côté musical, on repassera.» La jeune artiste Laura est déçue. C’est que l’Année de la France l’a laissée sur sa faim. «Il y a peu de spectacles d’artistes consacrés.» Même son de cloche de Pedro, son frère. «L’Année de la France a bien eu un méga spectacle avec Gilberto Gil & Cie! Je suis tout de même être triste que cette Année soit terminée.»
Ces Brésiliens connaissent la musique… hexagonale. «Notre cousin a voyagé en France et nous a ramené dans ses bagages quelques disques. Depuis, je suis accro à la musique en français », confesse Laura, son iPod posé sur la table. Luke. Kaolin. Émilie Simon. BazBaz. Mademoiselle K. Cali… D’un seul mouvement du doigt elle montre sa liste impressionnante d’artistes. «Je dois avoir près de 200 chansons.»
Où a-t-elle fait provision de tous ces noms de la nouvelle chanson française? Sur la toile bien sûr! «Je n’ai jamais mis les pieds en France. Je découvre simplement en écoutant les radios sur Internet », indique-t-elle. Après, Laura cherche sur la toile le morceau convoité et le télécharge. Acheter des disques? Trop cher. «J’ai donc recours, plus souvent qu’autrement, aux téléchargements illégaux par manque d’option.»
Télécharger de la musique française : dur, dur!
On recense des dizaines de sites payants français (Fnac Music, Universal Music, Sony Music, Virgin Mega, e-compil, iTunes Music Store…). Mais acheter un tube à travers l’une de ces boutiques en ligne depuis le Brésil, sans une Carte Bleue, peut donner bien des maux de tête. «On remplit un formulaire de renseignements personnels. Lorsque vient le temps de passer la commande, on demande de payer avec une carte bancaire. Sans une adresse fixe dans l’Hexagone, impossible de télécharger de la musique de manière légale», se plaint Laura. Nous avons alors fait un test sur un site québécois, patrie de l’auteur de ces lignes. Même site, deux cartes de crédit différentes, une canadienne, l’autre brésilienne. Constat : avec la carte de crédit brésilienne nous n’avons pas réussi à concrétiser l’achat.
Sous le prétexte de la protection des droits d’auteur, beaucoup de sites empêchent le téléchargement depuis l’étranger. Les compagnies de disques devraient, au contraire, y voir une excellente porte pour la promotion de la musique tricolore et francophone. Car l’influence de la chanson francophone diminue partout. Loin de la France, beaucoup d’amateurs, particulièrement les jeunes, veulent se procurer de la musique légalement. Que leur soit donnée cette chance! En attendant, des amateurs comme Laura continueront de parcourir le Net pour en extirper les morceaux et les tubes qui les intéressent. Et les multinationales du disque continueront de déplorer que la piraterie tue leur industrie.
Article paru dans Le Flâneur n° 6 – Franc-Parler n° 155 – São Paulo